Le métier d’éditeur : porter les paroles d’hommes et de femmes

« … c’est un travail qui demande une grande confiance mutuelle. Il ne faut pas que l’auteur se fasse manger par son éditeur… »

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En quoi consiste le métier d’éditeur ? IMG/flv/Lansman6.flv
Emile Lansman, Limoges, octobre 2007

C’est un métier qui coûte plus qu’il ne rapporte financièrement. Les rapports avec les auteurs sont différents selon les personnes et avec une personne selon les œuvres. L’éditeur doit s’adapter, ne pas imposer son point de vue. Cela représente un vrai travail avant et après la publication. Dans sa maison d’édition, un auteur peut revoir sa copie après édition comme par exemple Slimane Benaïssa pour son ouvrage « Prophètes sans dieu »

Pour aller plus loin sur le métier d’éditeur, voir la série « Une histoire de l’édition » dans la collection Côté Télé du Scérén (6 videocassettes).

En quoi consiste le métier d’éditeur ?

Transcription de la vidéo

C’est un métier qui ne rapporte pas d’argent.

Moi, je paye pour être éditeur, c’est ma danseuse, donc j’ai un autre travail, je dirige l’association « Théâtre Education » en Belgique, le Centre des écritures dramatiques en Belgique aussi, et donc, effectivement, je le fais par plaisir.

Quand je travaille le week-end, quand je travaille le soir, je me dis : je fais ça parce que j’ai envie de le faire, parce que je me sens utile et parce que je porte des paroles, des cris d’hommes et de femmes qui ont quelque chose à dire au monde. Alors, si je peux être leur porte-voix, pourquoi pas ?

Et donc, autant le faire dans le plaisir et dans le bonheur, je pense que ça ne supporterait pas des tensions. Quand j’ai eu des tensions avec des auteurs, on a décidé souvent d’un commun accord d’arrêter notre parcours, quitte à le reprendre plus tard, une fois que le temps a fait son œuvre.

Chaque auteur a son mode de fonctionnement mental, son mode de fonctionnement à l’écriture et ainsi de suite, donc les rapports sont différents d’une œuvre à l’autre ; par exemple, on se rend compte souvent quand il s’agit d’une première œuvre, l’auteur souffre souvent de ce que j’appellerai le syndrome de l’œuvre ultime, ce qui est un paradoxe, mais on sent que l’auteur a envie de mettre tout ce qu’il a à dire, de jongler avec tout ce qu’il possède au niveau de l’écriture et là, par exemple, l’éditeur, mais pas seulement l’éditeur, des gens qui font des mises en lecture, des comédiens, des lecteurs peuvent aussi faire un certain nombre de remarques, mais ces remarques s’accumulant à un moment donné, il faut bien que l’auteur fasse sa religion avec tout ça, et dise qu’est que je vais prendre de ça et qu’est-ce que je vais rejeter ?

Et donc là, peut-être, l’éditeur peut être un catalyseur à ce niveau-là, quelqu’un qui ne va pas imposer son point de vue mais va jouer sur les cohérences, va dire : c’est ça que tu veux ? Alors OK ! explique moi ça, explique moi ça… et finalement, c’est un travail qui demande du temps, qui ne peut pas se faire en 2 jours autour d’une table, en disant il faut qu’on imprime la semaine prochaine.

Alors parfois l’auteur n’a pas besoin du tout de ça, parfois il a besoin même au départ, c’est-à-dire qu’il y a des auteurs qui me soumettent un premier synopsis en disant : « tiens, voilà, je porte cette histoire, mais j’ai l’impression que cette histoire a déjà été écrite par d’autres ; est-ce que toi tu as déjà lu quelque chose qui se rapproche de ça ».

Donc, c’est un vrai travail avant la publication et c’est un vrai travail après la publication et ça demande une grande confiance mutuelle pour faire ça.

Il ne faut pas que l’auteur se fasse manger par son éditeur et, ça, c’est quelque chose que j’essaye de respecter, mais avec toutes les nuances voulues.

On n’en est plus à l’auteur en chambre aujourd’hui, les auteurs vivent, sortent, vont en résidence sont confrontés à des lectures très tôt de leurs textes, ont le temps de les remanier.

Par exemple, chez nous, la plupart du temps, l’auteur a l’occasion de revoir sa copie même après édition. Je pense à Slimane Benaïssa, Prophète sans Dieu, je pense qu’il y a eu cinq versions successives d’éditées et, ça, c’est extraordinaire, parce qu’on sait très bien qu’une œuvre théâtrale n’est pas figée dans le marbre comme peut l’être un roman à un certain moment et que cette œuvre va évoluer en fonction de sa collision avec la scène, notamment.

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Information publiée le mercredi 19 mars 2008, par Webmestre - m.a.j le jeudi 21 août 2008